Autorité partagée
06/05/2004 10:11Lucie BlinTypo Mali
Dans tout village malien coexistent deux autorités : celle du maire, et celle du chef coutumier. La fonction de maire, dont le statut est quasiment le même qu'en France, est accessible à tous, par le biais d'une élection : l'édile est chargé de tâches administratives, de la gestion de l'état civil, des actes de naissances et des mariages.
Le chef, de son côté, gère le territoire et règle les conflits entre les habitants du village. Il préside la cérémonie du « vestibule », une case en terre à deux entrées, où les chefs de famille se concertent pour arranger les futurs mariages. Le chef, dont la sagesse est reconnue et respectée, est consulté pour toutes les décisions à prendre.
« Même les jeunes viennent me faire part de leurs projets, si je les accepte ils seront alors réalisables », explique Kérifa Bagayogo, le chef coutumier septuagénaire du petit village de Dossola. « Notre chef occupe cette fonction à vie et reste en place même s'il devient sénile », explique de son côté Drissa Bagayogo, un de ses administrés qui a « réussi » en faisant des études en ville.
Le chef est la première personne à saluer lorsqu'on arrive au village, protocole oblige. Toujours élégant, vêtu d'un boubou et d'un bonnet bleus, Kérifa ne participe pas aux travaux des champs et ne pratique aucun autre métier. Il vit en retrait du village, en compagnie de son unique épouse survivante – il en a épousé deux au total.
A sa mort, son fils ou un autre membre de sa famille prendra sa suite. Pour lui succéder il suivra un rite d'intronisation qui commence par le sacrifice d'un bœuf, dont la peau, une fois tannée, servira lors des cérémonies du vestibule. Chaque « élu » connaît déjà son futur « métier », puisqu'il a assisté le chef dans les derniers moments de sa vie.
Dans une société rurale très marquée par le poids des traditions, l'influence du chef est incontournable, y compris pour le maire. « Je ne peux passer outre son avis, je dois agir avec doigté et diplomatie », résume dans un français parfait Youssouf Bagayogo, le très érudit maire de Dossola. Formé en Europe, en Union soviétique et aux Etats-Unis, l'élu réfléchit aux moyens de sortir son village du sous-développement. Mais il ne peut agir qu'en douceur, sans trop bouleverser les habitudes... et en respectant toujours le prestige du chef, seule autorité morale aux yeux des villageois.
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