Au-delà du handicap, la compétition

15/06/2008 21:28Alexis HontangChalon
Vendredi 13 et samedi 14 juin, le petit monde du handisport s’est donné rendez-vous sur la piste d’athlétisme de Chalon-sur-Saône. Avec les Jeux paralympiques de Pékin en ligne de mire, les athlètes ont donné le meilleur d’eux-mêmes, malgré leurs infirmités dans ces championnats de France d’athlétisme handisport. Une belle leçon… devant des tribunes vides.

Chaque course fut très disputée. Le 200 mètres messieurs n'échappa pas à la règle.Lorsqu’après les bombardements de la II° Guerre Mondiale, une vague de soldats paraplégiques atteignit son hôpital du grand Londres, le neurochirurgien Ludwig Guttman eut une idée géniale : cet allemand proposa le sport d’une façon ludique pour rééduquer ces athlètes touchés en plein élan. Plus d’un demi-siècle plus tard, cette conception avant-gardiste a fait son petit bout de chemin sur le globe : en septembre prochain, Pékin accueillera les XIII° Jeux paralympiques de l’histoire, quarante-huit ans après les esquisses romaines.

Le temps d’un vendredi et d’un samedi sous éclaircies, le handisport français s’est rappelé au bon souvenir de Guttman en se donnant rendez-vous sur la piste de Chalon-sur-Saône. Rappelant au passage que le loisir initialement prôné a passé le relais aux combats de la compétition. À l’issue de cette réunion et après d’intenses concours, seuls 24 athlètes ont obtenu le précieux sésame pour l’empire du Milieu. Les autres, qu’ils soient debout ou sur fauteuils, rejoindront, déçus, leur difficile vie quotidienne de handicapé.

« L’Esprit, le Corps, l’Âme »

Comme chez les valides, la compétition est désormais le maître mot. Certains s’entraînent quotidiennement, se dotent d’entraîneurs reconnus pour surmonter leurs infirmités. Les performances suivent donc de paire : sur le revêtement chalonnais, on a couru le 100 mètres sous les 12 secondes, on a lancé le poids à plus de 13 mètres, on a fini le 5 000 mètres aux alentours du quart d’heure, on a sauté à plus de 6 mètres. « Plus vite, plus haut, plus fort » s’amuserait-on à dire.

Cependant, malgré de nombreuses affiches clairsemées dans la sous-préfecture saône-et-loirienne et la gratuité de l’événement, le public déserta les gradins du stade Léo Lagrange. Seuls les maillots orange et vert des (nombreux) bénévoles venaient donner un peu de couleur au paysage grisâtre des tribunes bourguignonnes. Nonobstant la qualité de l’organisation, des athlètes et du temps. Mille fois dommage ! Heureusement qu’entre eux, les athlètes ont su mettre un peu d’ambiance. Le monde du handisport est petit, les sportifs n’hésitent jamais à s’encourager ou à se chambrer par leurs petits noms.

S’il s'était déplacé dans ce stade perdu de la zone industrielle de Chalon, le public aurait sans doute appris une véritable leçon d’humilité et de courage. L’exemple de ces aveugles s’essayant au saut en longueur grâce au rythme inculqué par leur guide ou de ces handicapés sur fauteuil roulant qui se battaient la pole à près de 30 km/h grâce à la seule force des bras, est frappant. « L’Esprit, le Corps, l’Âme » : la devise des Jeux paralympiques a, une nouvelle fois, été démontrée sur la piste de Chalon.

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