Au-delà de la lutte, le refus

20/10/2008 06:13
Le 17 octobre a eu lieu la journée internationale contre la misère. À Chalon, comme ailleurs en France et dans le monde, des actions, des rassemblements et des manifestations ont été organisés place de l’Hôtel de Ville, par des associations telles qu’ATD Quart-monde. L’un de ses membres, M. Gérard Bonnier, explique son combat et ses espoirs.

« S’unir un besoin fondamental » Typo.- M. Bonnier, expliquez-nous les enjeux de cette journée contre la misère ?

M. Bonnier.- Notre démarche ne va pas dans le sens de ce qui se fait actuellement : on assiste les gens les plus démunis au lieu de les rendre citoyens. Nous souhaiterions qu’ils se prennent en main dans le cadre de l’ensemble des droits de l’Homme à savoir le droit au logement, à la culture, à la santé, à la famille, etc. C’est là que trop souvent on les ignore. La société actuelle a tendance à créer 2 blocs différents. Si l’on veut aujourd’hui avancer, c’est en se disant que ces différences entre ceux qui ont les moyens pour vivre et ceux qui ne les ont pas, sont peut-être une chance. Mais pour cela, il faut se rencontrer, créer des liens pour que tout le monde se fasse entendre et que tout le monde se comprenne.


Manifestation dans les rues de Chalon Typo.- Comment s’est déroulée la journée commencée à 10 heures du matin ?

M. Bonnier.- Les associations et les membres du Collectif ainsi que les personnes engagées dans la lutte contre la misère ont accueilli les premières personnes présentes pour discuter et pour qu’il y ait une « présence publique » ce qui me paraît important pour vivre cette journée. Nous avons fait signer ce que nous avons appelé un appel à la solidarité.

Ensuite, vers 18h, il y a eu une marche silencieuse d’une demi-heure sur un circuit prévu par la Mairie. Cette marche est l’occasion de partager : on discute, on est ensemble. Elle a aussi un sens symbolique, car nous avançons ensemble.

Puis, à 18 h 30, c’est la partie la plus forte de la journée, celle du rassemblement autour des témoignages de personnes vivant dans la pauvreté. À partir de ces témoignages lus avec émotion, une réflexion se met en route. Comment peut-on faire aujourd'hui pour que l’on avance dans cette société qui sépare les gens : d’un côté, ceux qui ont les moyens pour pouvoir vivre et de l’autre, ceux qui sont « écrasés » de plus en plus. Et même si aujourd’hui il y a des crises et des difficultés, il faut qu’on apprenne à vivre ensemble, à vivre autrement peut-être ; c’est un long chemin, mais on y croit !


Typo.- Quelles sont les solutions envisageables ?

M. Bonnier.- Il faut que tous ensemble on se demande ce que nous pouvons faire avancer si nous ne voulons pas nous satisfaire de répondre à l’urgence. Car l’urgence est là, on ne la nie pas, mais plus les conditions de vie seront difficiles, plus l’urgence va s’amplifier et nous ne pourrons plus répondre aux véritables problèmes comme celui de vivre ensemble. Il faut aussi qu’on arrive à se défaire du système d’assistanat, du système des mairies (sans pour autant attaquer celle de Chalon) qui n’ont tendance qu’à gérer. C’est pour cela que pour nous, le mot fort, ce n’est pas la lutte contre la misère, car la lutte existe, mais c’est le refus de la misère.


Typo.-  La journée s’est clôturée par un verre de l’amitié…

M. Bonnier.- Oui, les familles ont été accueillies à la Mairie, ce qui a un sens très important pour ces personnes démunies. Bon nombre n’étaient jamais entrées dans l’Hôtel de Ville ou ne savaient même pas où il se trouvait. C’est pour elles une reconnaissance d’être citoyens, mais nous voudrions aller plus loin encore avec la Mairie, réfléchir à de nouvelles choses, entreprendre… La route sera longue, mais je pense que les choses se feront petit à petit.


http://www.oct17.org/fr

ATD (Aide à Toute Détresse) Quart Monde a été fondée en 1957 : www.atd-quartmonde.org

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