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Antichrist : les soucis de Lars Von Trier
10/06/2009 06:27Alexandre Mathis
Lars Von Trier ne se prend pas pour un nul. Pourtant, son dernier joujou puritain est un ramassis malsain de tout ce qu'il faut éviter au cinéma.
Lars Von Trier ne se prend pas pour un nul. Pourtant, son dernier joujou puritain est un ramassis malsain de tout ce qu'il faut éviter au cinéma.
Prix d'interprétation féminin à Cannes, Charlotte Gainsbourg est aux anges. Pourtant, son rôle ô combien diabolique ne méritait pas tant d'honneur. Sous l'égide de Lars Von Trier, la voilà avec son acolyte Willem Dafoe dans Antichirst, film de dérangé rendant la femme mauvaise, le sexe malveillant et le Diable en sauveur.
Mais reprenons depuis le début. L'histoire tragique s'ouvre sur la mort de l'enfant du couple alors qu'ils font l'amour. Pour nous montrer cela, Von Trier ne peut s'empêcher d'alourdir une scène d'ouverture baroque assez ignoble. Faux noir et blanc tirant sur des teintes bleutées avec musique d'Haendel, un pénis qui pénètre le vagin (supposé) de Charlotte Gainsbourg le tout au ralenti. Une publicité Lars Von Trier qui vous vend la mort d'un enfant sur un faux air d'art et d'essai. Comble du scénario ridicule, le mari, psy dans la vie, se met à soigner sa femme. Voici donc le premier psychanalyste qui soigne sa famille. Le délire ne s'arrête pas là. La femme, forcement faible et coupable chez le réalisateur danois, cherche à faire le deuil. Le bavardage pseudo-intello sur la culpabilité n'en finit plus. Histoire de caser quelques plans stylés, Von Trier n'a rien trouvé de mieux que de créer des exercices d'introspection pour la mère. Elle s'imagine dans une forêt dangereuse, brouillard et silence pesant. C'est joli, proche d'un tableau, mais ça ne sert à rien.
Pourtant au vu du délire qui suit, on se dit que ce début de film n'était pas si mal. À l’instar d'un Breaking The Waves (qui avait au moins le mérite de nous toucher), la femme doit souffrir et faire souffrir son mari. La culpabilité trop lourde doit être expiée par là où le mal vient. Mutilation du clitoris, coup de bûche sur le pénis, branlette ensanglantée, il n'y a aucune limite. En bon puritain qu'il est, l'auteur de tout cela met en avant un thème biblique déformé : le Diable et les méfaits de la nature humaine. Preuve en est, la petite cabane où se retire le couple s'appelle Eden. Au réalisateur de distiller son discours christique ultra-déformé, faisant passer la religion catholique pour un grand délire d'épouvante. La violence est gratuite, sans recherche de fond comme l'était Shining ou Taxi Driver.
Alors, dans ce tableau, il y a la douce Charlotte Gainsbourg, adulée même par les détracteurs de ce film. Il est vrai qu'elle donne de sa personne (tout comme Willem Dafoe), et alors ? Méritait-elle un prix d'interprétation à Cannes ? C'est bizarre, mais la présidente du jury Isabelle Huppert a eu le même prix sur le même thème : la femme qui se mutile, qui souffre, au point de détruire son organe du plaisir. Offrir un prix aussi important pour des rôles aussi pénibles à voir (et je ne parle pas des cris d'hystériques poussés un peu tout le long d'Antichrist) est un sale message pour les actrices en devenir : « Mutilez-vous à l'écran, faisant passer la femme pour un objet du mal, et vous aurez un prix à Cannes. »
La démarche d'Antichrist reste incompréhensible. Choquer gratuitement ? Peut-être, mais Von Trier se prend bien trop au sérieux. A-t-il un problème avec le sexe opposé ? La peur du vagin l'effraie-t-il à ce point ? Sans sous-estimer son talent, on ne peut que rester dubitatif sur son avenir cinématographique s'il creuse le sillon qu'il a amplement entamé.
Antichrist, de Lars Von Trier, avec Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe (Dan., All., Fra., 1h44, 2008)




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