Ambivalences
26/08/2004 09:41Aurélie Juillard et Nicolas BarriquandTypo Vietnam
Le ballet contemporain Giàp Thân est le fruit d’une collaboration de quatre ans entre onze danseurs professionnels vietnamiens et la chorégraphe française Régine Chopinot. Cette dernière présente à Hué un spectacle à son image, énigmatique.
En haut des trois marches du Théâtre royal, la chorégraphe Régine Chopinot offre un siège à chacun de ses spectateurs. Sur scène, un danseur torse nu et en jupe de tulle blanche tourne le dos à la salle qui se remplit. Giàp Thân, première composition de l'artiste française pour le groupe de danseurs vietnamiens avec qui elle travaille depuis quatre années, est déjà commencé. Sept personnages se succèdent, hommes et femmes, presque tous en robe de mariée. « Dans tous mes spectacles, filles et garçons sont toujours habillés pareils, souligne Régine Chopinot. Pour moi, l'identité sexuelle est sans importance. Les mandarins portaient bien tous des robes ! »
Les protagonistes, issus de l'Opéra-ballet et de l'Ecole supérieure de danse du Vietnam, évoluent dans un espace confiné, entouré de plumeaux posés à terre. Les gestes sont précis mais expriment la violence, la contrainte, l'enfermement, mettant parfois mal à l'aise le spectateur. « Les lectures de ma création appartiennent aux gens. Ce que j'y mets n'a pas grande importance, je veux le garder pour moi. » Le ton est catégorique. On ne percera pas le mystère de cette femme, toute en ambivalence entre autorité et féminité. « Ni colonialiste, ni amoureuse du pays », elle a atterri au Vietnam en 2000 après des expériences chorégraphiques au Brésil et en Chine. « Je n'écris pas mes pièces en fonction de la nationalité des interprètes, se défend-elle. Giàp Thân aurait pu être joué par la formation que je dirige à La Rochelle (ndlr : Le Ballet Atlantique, fondé en 1993). Les artistes vietnamiens sont très forts, ce sont des virtuoses ! » Toutefois avant les stages de formation de l'ancienne danseuse à Hanoi, ils ne pouvaient exprimer leur talent. Régine Chopinot a introduit la danse contemporaine au Vietnam. Dung, l'un des onze participants à la pièce présentée au festival de Hué, va d'ailleurs ouvrir un centre chorégraphique contemporain à Ho-Chi-Minh Ville. « Dung est quelqu'un de passionné et de fédérateur, lâche son ex-professeure. Il aura la lourde tâche de former le public vietnamien. » Si pour elle « il n'y a pas de barrières entre les peuples », il a bien fallu que Régine Chopinot franchisse celle de la langue. Parmi ses onze « élèves », les quelques francophones ont été mis à contribution, et le temps a fait le reste. « Aujourd'hui, nous avons une telle complicité dans notre travail que les mots ne sont plus aussi nécessaires... » Parmi le public aux trois représentations du festival, l'artiste est satisfaite de « ce bébé fort et fragile ». « Il faut continuer », lâche-t-elle simplement, entre deux bouffées de cigarette. Elle considère que six années sont nécessaires pour parvenir à un travail abouti. Elle reviendra au Vietnam. « Ce que j'aime ici, c'est que je suis toujours perdue. »
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