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Agora, la sirène d'Alexandrie**
17/01/2010 18:32Alexandre Mathis
Un péplum sur fond de féminisme et d'obscurantisme. Malgré une belle ambiance et Rachel Weisz, un ensemble trop confus voire caricatural.
Quoi de mieux que d'utiliser l'histoire pour faire passer de façon anachronique des messages contemporains politiquement corrects ? Alejandro Amenábar (Les Autres,Ouvre les yeux) semble le penser. Agora raconte assez fidèlement la vie de la philosophe Hypatia au sein d'une Égypte où le christianisme prend de l'ampleur.
La reconstitution en décors réels coupe le souffle et fait directement penser à la performance de la série Rome. Il en va de même pour les costumes, finement travaillés, où l'armure du plus petit des figurants reste crédible. Le jeu volontaire des contrastes des coloris sur les tuniques entre païens et chrétiens appuie un effet de mise en scène globalement réussi. Ces compliments faits, précisons que la réalisation souffre d'un certain manque de contemplation, la faute sûrement à un découpage trop sommaire. Et puis, les plans de l'espace font tâche. On croirait une utilisation de Google Earth déplacée au IVe siècle.
Agora, d'Alejandro Amanábar, avec Rachel Weisz, Max Minghella, Oscar Isaac (U.S.A/Esp., 2h06, 2010)
Des images de l'espace ? Mais pourquoi ça, me direz-vous ? Simplement parce que le réalisateur espagnol n'a pu s'empêcher de partir dans des trips mystiques sur l'immensité de l'univers. En effet, Hypatia s'intéressait à la position de la terre face à l'univers. Et hormis cette erreur stylistique, c'est bien ici que réside la force de cette Agora. On y découvre par touches toute la force et la faiblesse de la philosophie, avec cette volonté d’érudite de continuer à chercher la rationnel là où tous tombent dans l'obscurantisme.
Chrétien ou crétin ?
Agora se plante dans les grandes largeurs quant à sa dénonciation du christianisme. Pour faire simple, Amenábar s'échappe de la simple confrontation religieuse, où chacun a sa part de responsabilités, pour tomber dans une caricature des adeptes de Jésus. Ils sont présentés comme fanatiques, violents, antisémites, et la notion de pardon n'existe pas. Ils cherchent à installer une véritable dictature politique. Si les faits de violence en Égypte sont véridiques, c'est une interprétation libre du réalisateur que de charger ainsi ces chrétiens. Une polémique n'aurait-elle pas éclaté s'il s'était attaqué de la sorte aux juifs ou aux musulmans ? On a l'étrange sentiment qu'Agora déplace des préoccupations actuelles dans un monde ancien.
L'histoire va même jusqu'à leur attribuer la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie par un autodafé. Presque choquant. Face à ces torrents de haines, Hypathia (Rachel Weisz, toute en douceur) fait preuve d'un recul terrifiant. Ses disciples, tous des mâles envoûtés par sa beauté, boivent ses dires. Ces mêmes hommes qui changent d'avis comme de tunique. Ça en devient par moment confus, emprunt d'une lourdeur que le réalisateur ne parvient pas à justifier. Si on plonge volontiers dans cet Alexandrie sombre et instable, toute la subtilité narrative de Rome ne s'y trouve absolument pas. Frustrant.
Agora, la sirène d'Alexandrie : référence à l'article publié sur « sur la route du cinéma »
Agora, d'Alejandro Amanábar, avec Rachel Weisz, Max Minghella, Oscar Isaac (U.S.A/Esp., 2h06, 2010)
La bande-annonce d'Agora ci-dessous :




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