AFVIC : soigner les migraines de l’immigration

19/05/2008 07:27Alexis Hontang
Nombreux sont les candidats marocains à affronter la mort chaque année dans le but d’une vie plus facile en Europe. Devant la détresse des familles ayant perdu leurs proches au cours de ces traversées périlleuses, l’AFVIC – l’association des Amis et Familles des Victimes de l’Immigration Clandestine - s’est créée en 2001. Sensibiliser les Marocains aux risques de l’immigration clandestine, intégrer à la vie économique des Subsahariens qui n’ont pu passer en Europe ainsi que les refoulés du vieux continent : tel est son leitmotiv.

« L’obligation d’avoir à forcer quelque frontière que ce pourra être, sous la poussée de la misère, est aussi scandaleuse que les fondements de cette misère. » En empruntant les mots de l’écrivain Édouard Glissant dans son dépliant, l’AFVIC met d’entrée le lecteur innocent au cœur des débats sur l’immigration. Car « franchir la frontière est un privilège dont nul ne devrait être privé, sous quelque raison de ce soit », toujours selon les mots de l’auteur martiniquais.

Lors d'une séance de sensibilisation devant une classe.« Nous ne disons pas aux jeunes : « Ne partez pas ! ». Nous préférons leur dire que s’ils partent, voici les risques auxquels ils s’exposent », explique Lætitia Graux, coordonnatrice du projet des droits de l’Homme à l’AFVIC, bureau de Casablanca. Sur son ordinateur, les images des pateras, ces embarcations de fortune pour clandestins en quête d’un eldorado européen, pullulent, témoignages colorés d’une situation en alerte rouge. 

Le triangle de la mort 

De par sa position particulière, le Maroc est touché de plein fouet par les vagues de l’immigration clandestine : au nord, l’Europe est à portée de rames ; au sud, quelques milliers de kilomètres n’effraient pas les candidats d’Afrique subsaharienne. Chez les Marocains aussi, la tentation d’un avenir meilleur est présente. « Notre ONG a son siège à Khouribga (NDLR : à 150 km au sud de Casablanca, dans les terres). Cette ville, associée à Beni Mellal et Fqih Ben Salah, forme le triangle de mort. C’est une région très portée sur l’immigration, spécialement en Italie. D’ailleurs au Maroc, chaque région a une destination de prédilection : le nord préfère l’Espagne ; la zone de Kenitra apprécie, elle, l’Amérique ».

Pourtant, depuis 2005, le rêve de réussite sur le vieux continent devient un parcours… mortel : depuis que des caméras de surveillance ont filmé une « attaque en force » de désespérés à Ceuta, l’Europe a mis des barbelés à ses frontières.

Ils sont déjà plus de 2 000 à avoir perdu la vie en essayant de traverser ce petit bout de mer les séparant de Gibraltar ou des Canaries… « Il faut prendre le problème à sa source. Les Marocains ne s’intéressent à la question de l’immigration clandestine que depuis quelques années. C’est pour cela que nous devons sensibiliser les jeunes dès maintenant, pour éviter les dérives d’aujourd’hui. L’AFVIC va dans les écoles et fait aussi le tour des médiathèques pendant un mois dans ce but-là. » 

Réintégrer les refoulés 

L’AFVIC s’intéresse aussi à un fléau méconnu, conséquent à la fermeture des frontières européennes : l’accueil des migrants subsahariens dans le Royaume chérifien. « Le chiffre d’immigrants clandestins qui n’ont pu partir ou en attente de départ augmente chaque année. Le séjour de ces migrants devient aussi plus long. C’est pour cela qu’il faut dès à présent tisser des liens entre les Marocains et les Subsahariens mais aussi assurer des papiers à ces derniers. » Une initiative qui ne plaît pas à tous : « Certains nous disent bravo, mais beaucoup de Marocains préfèrent que l’on s’occupe d’eux ! »

Loin du cliché du Marocain revenant au bled les poches remplies d’argent, les refoulés d’Europe ont aussi droit à toute l’attention de l’ONG : « On essaie des les réintégrer dans la vie socio-économique en leur proposant des formations de six mois dans des domaines où ils avaient déjà des compétences avant. Puis, nous nous engageons à leur trouver un stage en entreprise. »

Travailler, gagner de l’argent sans avoir à jouer sa vie dans un embarquement de fortune : c’est possible. Grâce à l’AFVIC, certains l’ont compris. Les plages espagnoles n’auront peut-être bientôt plus à être nettoyées de corps gisants venus d’Afrique…

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