Acelor-Mittal, la mondialisation à l'envers ?
02/03/2007 11:16Ujjval Nandgaonkar
En juillet 2006, le groupe sidérurgiste indien Mittal a réussi, aux termes de plusieurs mois de bataille boursière et de polémique, à racheter son concurrent européen Arcelor. L'opération, qui a donné naissance au numéro un mondial du secteur, a suscité beaucoup d'inquiétudes en Europe, mais cette attitude a été mal comprise en l'Inde, comme le souligne Ujjival, de Typo Mumbai.
La première fois que j'ai entendu parler de l'affaire Mittal-Arcelor, c'était en lisant la presse économique. « Arcelor considère que l'offre de Mittal est hostile » annonçait-elle. Les médias avaient commencé à s'intéresser à l'homme d'affaires Lakshmi Mittal quand il était devenu l'homme le plus riche de l'Inde (en 2006, sa fortune s'est d'ailleurs classée au cinquième rang mondial).
C'est vrai que Mittal est toujours titulaire d'un passeport indien, mais il ne fait pas beaucoup d'affaires en Inde. Le siège de sa société sidérurgique, Mittal Steel, est à Londres, et toutes ses usines sont à l'extérieur de l'Inde. Si bien que j'ai cru, dans un premier temps, qu'il s'agissait d'un groupe européen qui essayait d'acquérir un autre groupe européen.
Lorsque Mittal a commencé à évoquer le rachat d'Arcelor, le dialogue n'a d'abord pas été concluant. Il a alors présenté une offre directement aux actionnaires d'Arcelor, et c'est cela que la direction d'Arcelor a pris pour une action hostile. Les journaux français ont crié au scandale, craignant la délocalisation des emplois en Inde si Mittal parvenait à acquérir l'entreprise. Pourtant on peut noter au passage que beaucoup de sociétés qui délocalisent en Inde ou en Chine appartiennent à des Européens ! Rappelons aussi que toutes les usines d'acier de Mittal sont implantées à l'extérieur de l'Inde.
Le protectionnisme économique des pays occidentaux est très fort. Les hommes d'affaires occidentaux veulent investir dans le Tiers Monde, mais ils n'acceptent pas l'idée qu'un Indien dirige une grande société commerciale en Europe. La preuve : la direction d'Arcelor a même essayé de fusionner avec l'entreprise russe Severstal, une solution qu'elle préférait à un rachat par Mittal. Mais les actionnaires d'Arcelor ont fini par accepter l'offre du groupe indien.
Finalement, cette histoire nous révèle deux choses.
La première est qu'une société commerciale a toujours pour objectif principal le profit de ses actionnaires. Si cela passe par la délocalisation d'usines dans des pays où les coûts sont plus bas, c'est une stratégie valable pour l'homme d'affaires indien Mittal comme pour n'importe quel homme d'affaires européen.
La deuxième est que, dans une bataille pour le contrôle d'une entreprise, ce sont les actionnaires qui décident, en fonction du profit qu'ils espèrent en retirer, et qu'ils sont prêts pour cela à passer outre l'opposition des dirigeants du groupe.
Les riches occidentaux devraient peut-être arrêter de penser que leur mission est d'améliorer la condition de vie des pauvres habitants du Tiers-Monde. Ils ferait bien d'accepter que les « petits » d'hier puissent devenir leurs concurrents d'aujourd'hui.
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