A Morila, 3 à 4 lingots sont extraits chaque jour de la brousse. Un avenir en or ?
06/05/2004 10:18Marie-Emilie CatierTypo Mali
Statistiquement l'un des pays les pauvres du monde, le Mali est pourtant l'un des plus riches en ressources naturelles. Il regorge de minéraux divers et variés, du phosphate à l'étain, et du fer à ce métal précieux qui fait rêver nos esprits occidentaux : l'or. Le pays a indéniablement le potentiel pour se développer économiquement, encore faut-il que les investisseurs s'y intéressent.
« Attention, périmètre protégé. Pas de caméras, pas d'armes ». En pleine brousse, la mine d'or de Morila, avec son imposant dispositif de sécurité et ses installations de pointe, tranche avec la pauvreté des villages alentours. Le contraste est saisissant : dans cette partie Sud du pays, ni électricité ni eau courante pour les populations, alors que non loin de là grouille un monde occidentalisé et de hautes technologies, qui concentre d'importants investissements.
Dans cette mine à ciel ouvert de 1200 mètres de long, 800 de large et 120 de profondeur, quelque 70 000 tonnes de pierres sont arrachées chaque jour au sol ocre par de gigantesques monstres aux mâchoires d'acier. Sur cette quantité, seules 10 000 tonnes sont estimées « exploitables », c'est-à-dire qu'elles contiennent du minerai. N'en sortiront finalement que 3 à 4 kilos d'or, après de multiples traitements à l'acide citrique et à l'ammoniac, le long de convoyeurs. Deux fois par semaine, l'or ainsi obtenu est fondu en lingots de 15 kilos dans la chambre forte, pièce interdite au public, où les employés n'entrent que dans le plus simple appareil pour empêcher tout vol. La mine, par sécurité, ne stocke pas le métal précieux, qui est évacué par voie aérienne vers la capitale et de là, vers l'Europe, où il sera vendu aux cours internationaux.
Principale denrée exportée par le Mali, l'or représente, en valeur, 66% des exportations du pays, et 96% des ressources dégagées par le secteur minier. « Ce potentiel aurifère remonte à des temps immémoriaux », précise Wally Diawra, directeur adjoint de la direction nationale de la géologie et des mines (DNGM). Dès le XIIIe siècle, on l'exploitait de manière traditionnelle, par orpaillage, avec des batées. Les rois offraient de l'or à leurs voisins, pour rester en bons termes. Puis l'Etat s'est approprié les mines, tout en continuant une pratique d'exploitation traditionnelle donc peu productive. Mais, depuis une vingtaine d'années, sous l'influence du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, l'Etat s'est désengagé de ses mines, sous prétexte d'une mauvaise gestion.
Les géants aurifères sud-africains actionnaires des mines maliennes pratiquent désormais une exploitation industrielle intensive et rentable des gisements, faisant du pays le deuxième producteur d'or au monde. Toutefois, tous les capitaux ne fuient pas à l'étranger. En effet, si la participation de l'Etat est limitée à 20% du fait des règles du FMI, à Morila, les 24 tonnes d'or extraites chaque année (un peu plus des deux cinquièmes de la production totale) rapportent au gouvernement 45,6 millions d'euros. A cela s'ajoutent les divers charges et impôts, tels que la taxe sur la valeur dégagée par la mine (une taxe industrielle de 35%), ou la taxe sur le salaire des expatriés. En 2002, la production d'or a ainsi contribué pour 12,4% à la richesse nationale du Mali ! Et les populations locales, particulièrement déshéritées, ne sont pas oubliées : la direction de leur mine a mis en place un fond de développement à leur intention, et leur fournit gratuitement de l'électricité.
Wally Diawra regrette cependant que les gains dégagés ne soient pas directement réexploités par la DNGM pour financer ses autres activités comme la recherche de nouveaux gisements, plutôt que de « disparaître dans le budget global de l'Etat ». En effet, le DNGM a commencé à s'orienter vers une diversification de la production, pour « prévenir une chute des cours [de l'or] qui serait néfaste au budget et au fonctionnement de l'Etat ». Ainsi, elle prospecte actuellement des métaux à forte valeur ajoutée, tels que le plomb, le zinc, le nickel et l'étain, que le sous-sol abriterait. Une estimation des réserves pétrolières est également en cours. Il s'agit pour le Mali d'attirer les investisseurs étrangers qui pourraient faire fleurir ces projets, le pays, faute de moyens, ne pouvant assurer seul leur exploitation. L'administration s'efforce donc de mettre à dispositions de ces investisseurs potentiels des cartographies précises des substances minérales, a révisé le code minier de 1991 pour rendre l'exploitation plus attractive sur le plan fiscal et projette enfin de créer un site web pour faire connaître le Mali et ses potentialités.
Malgré ces efforts de diversification, l'or reste bien sûr la vedette, et les recherches de nouveaux gisements se concentrent en priorité sur le métal précieux. Sept nouvelles mines sont déjà en projet, pour remplacer d'ici à 2010, les exploitations actuelles, qui pourraient rapidement s'épuiser : l'avenir économique du Mali est appelé, pour longtemps encore, à rester placé sous le signe de l'or.
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