A leur écoute :

05/04/2005 15:07Nina PopilleTypo Chalon sur Saone
Grâce à la loi du 17 juin 1998, qui prévoit l’enregistrement vidéo des auditions, les victimes d’agressions sexuelles sont entendues dans un lieu prévu à cet effet : l’Unité Médico-Judiciaire (en abrégé : U.M.J). Malheureusement, il n’existe que 9 U.M.J. en France. Mais grâce à mademoiselle Catala, magistrate, la ville de Chalon-sur-Saône possède sa propre salle d’audition à l’hôpital William Morey…

Une U.M.J. à Saint Nazaire, Bézier, Macon, et pourquoi pas une à Chalon-sur-Saône ? C'est la question que s'est posée mademoiselle Catala, substitut du procureur au palais de justice de Chalon. Avec l'appui de l'association « La voix de l'enfant » parrainée par Carole Bouquet, de la caisse primaire d'assurance maladie et du centre hospitalier de Chalon, le projet prend forme en 2002. L'U.M.J. de Macon apporte son expérience.

Tout faire pour les victimes

 Implantée à proximité des services de pédiatrie elle est cependant indépendante. Le mobilier de la salle d'attente est adapté pour les petits. Elle permet aux parents et à l'enfant de prendre contact avec les enquêteurs, éducateurs ou assistante sociale dans les meilleures conditions. Dans la salle d'auditions, la caméra se fait discrète, les micros au plafond sont invisibles, la table est en verre, afin de pouvoir observer les gestes du mineur. Les enquêteurs ont souhaité que la chaise de l'enfant soit réglable pour qu'il ne se sente pas inférieur à l'enquêteur, nous confie l'un d'entre eux. Quant aux murs, ils ont été peints avec des couleurs pastel apaisantes. Un matériel de qualité a été mis en place dans le local technique, et il n'y a pas de téléphone pour ne pas troubler l'entretien...  « Tout a été pensé, le but était que la victime mineure se sente bien, en sécurité, dans un milieu sûr et adapté, où elle ne pourra pas rencontrer son agresseur », nous précise mademoiselle Catala.

Signaler un enfant en danger est absolument nécessaire

Souvent, ce sont les services sociaux, l'Education Nationale ou les enquêteurs qui préviennent la magistrate. Il est très rare que le mineur se confie à sa famille. Il aura moins de difficultés à parler avec une personne étrangère à son environnement proche.
L'enquête est supervisée par mademoiselle Catala. Après avoir été prévenue par un signalement, celle-ci dirige la victime vers les services de police ou de gendarmerie afin qu'ils réalisent une enquête. Un rendez-vous a l'U.M.J. est alors organisé pour effectuer l'audition de cette victime. Sur place sont présents : les parents ou le représentant légal, les enquêteurs et un éducateur requis par la magistrate. Ce dernier soutient le mineur, avec son accord. Cependant il n'intervient en rien durant l'audition. A l'issue de cet entretien il peut donner en cas de besoins des informations à la famille telles que des adresses de psychologues : il les conseille. De plus, l'éducateur peut faciliter et accélérer les demandes de rendez-vous. A la demande du magistrat, il établit un recueil de renseignements socio-éducatifs sur la situation familiale du mineur. Cela permettra de suivre le mineur mais également d'aider les parents face à cette situation. En cas de danger, le  magistrat peut saisir le juge des enfants qui met en œuvre une mesure d'assistance et de protection voire même un placement provisoire.
L'audition réalisée, les enquêteurs poursuivent leurs recherches d'éléments.
La magistrate peut aussi faire appel à un psychologue. Celui-ci dépeint la personnalité du mineur et les conséquences de l'agression. De plus, des médecins légistes peuvent parfois pratiquer un examen médico-légal pour apporter plus de preuves, notamment en cas de violence et voire de viol.
S'il y a une infraction pénale caractérisée, le mis en cause est renvoyé devant la juridiction compétente : au tribunal correctionnel pour les délits (agressions sexuelles) ou devant la cours d'assise pour les crimes (viol). « On ne veut pas blesser le mineur ni lui laisser penser qu'on ne le croit pas. Mais si l'on n'a pas assez de preuves, on ne peut pas poursuivre un suspect... », nous précise mademoiselle Catala. La durée d'une enquête peut être très variable mais il faut savoir que le mineur est immédiatement protégé si le besoin s'en fait sentir. Les victimes d'agressions sexuelles sont toujours de plus en plus nombreuses. Cette année, il y a eu près d'une centaine d'auditions de mineurs à Chalon. Cent de trop !

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