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À l’origine : bitume en jachère****
01/12/2009 22:16Alexandre Mathis
L'histoire d'un escroc qui réussit à reprendre un projet d'autoroute. Un acte illégal confronté à la beauté du partage humain. Une bien belle histoire, filmée à hauteur de l'Homme.
Le début n'est guère séduisant. Des plans simples, une lumière banale, on ne sait pas trop où on va. On craint le pire. Cluzet incarne Philippe Miller, un escroc seul avec sa bagnole. Le hasard l'amène à faire croire qu'il va reprendre le chantier d'une autoroute. Celle-ci aurait dû exister il y a des années si le chantier n'avait pas avorté par la pression d'écologistes. Ce qui apparaît comme incroyable est pourtant une histoire vraie. Miller va essayer de réaliser cette route, avec pour but de rafler illégalement la mise. Seulement, il se confronte à la misère humaine.
À l’origine, de Xavier Giannoli, avec François Cuzet, Emmanuelle Devos, Stéphanie Sokolinski (Fra., 2h10, 2008)
Car pour ces gens, l'interruption des travaux a eu un impact terrible sur l'emploi. Chômage, précarité, Xavier Giannoli dépeint une France modeste, de gens entiers, avec leurs qualités et leurs défauts. Chaque fois que le réalisateur se penche sur la fibre humaine de cette route, À l’Origine est un film entier, généreux. Cette entreprise va déplacer des forces motrices que Miller n'a pas calculées. On est à la fois atterré et admiratif de la folie de l'escroc. On sent bien que le projet lui échappe. Le contact humain le coupe de toute logique de survie. L'amour aussi, avec Mme Stéphane, jouée par la douce Emmanuelle Devos.
Mais si le cœur du film est une sorte de ventre mou, l'ambition de ce film vient du fait que l'on touche aussi à l'épique. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette construction prend des allures de défis d'aventuriers. Les héros de Spielberg, bien loin de nous, sont des Indianna Jones. Plus modestes, mais plus poignants, ces petits villageois jouent leur intégration sociale à travers cette autoroute. Dans ce contraste, À l’origine porte les stigmates d'une fracture que certains appelaient sociale. Giannoli filme à hauteur d'homme et peut s'appuyer sur un casting formidable. Cluzet joue sûrement son meilleur rôle, mais ce sont les acteurs jouant les habitants qui marquent le plus.
Alors si le film est parfois un peu austère dans sa forme, deux scènes contrebalancent ce constat général. Tout d'abord un passage sur un terrain de Handball, où toute la ferveur populaire, la fraternité familiale et amicale se font sentir. Et puis, un passage incroyable, où Miller/Cluzet se retrouve seul sous la pluie, au milieu de l'immense chantier. À ce moment, jamais l'expression d'être « embourbé » n'avait si bien porté son nom. À l’Origine s'adresse aux spectateurs adeptes de portraits sociaux. Les autres n'y verront qu'un cinéma banal, austère, se demanderont peut-être où est le cinéma. Pourtant, force est de constater qu'il est là le cinéma, à travers les yeux de gens comme vous et moi.
À l’origine, de Xavier Giannoli, avec François Cuzet, Emmanuelle Devos, Stéphanie Sokolinski (Fra., 2h10, 2008)
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