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A l’ombre du Toguna
05/05/2004 14:31Aurélie JuillardTypo Mali
La case à palabres, ou Toguna, est le lieu de décisions de tout village dogon. Les anciens s’y réunissent pour d’interminables causeries et la parole qui s’y transmet est sacrée. Tous les trente ans environ, on reconstruit cette case. Un moment de communion et de festivités pour tous les villageois.
A quelques kilomètres du village dogon de Banani, les premiers échos de fête ricochent déjà sur la falaise. Depuis deux jours, toute la population est concentrée autour du Toguna, la case à palabres, dont on célèbre la reconstruction. Un événement hautement considéré qui obéit à des codes stricts. « Le dernier renouvellement du Toguna s'est produit il y a plus de trente ans, explique l'un des anciens, levant le nez de sa calebasse de bière de mil. Pour que cette cérémonie puisse avoir lieu, il faut que l'un des vieux s'éteigne. » Car vie et mort doivent rester liées.
A Banani, le doyen est décédé il y a quelques mois, emmenant dans la tombe l'une des voix les plus importantes du village. Une voix qui s'exprimait sous le Toguna. C'est en effet sous cette petite hutte de bois et de paille, volontairement très basse pour contenir les ardeurs des discussions, que se décide la vie du village. « Pour y entrer, il faut être respecté, considéré, commente Dagalou Guirou, qui tient l'hôtel de Banani. Et chacun doit la politesse à ceux qui siègent sous la case à palabres. » Au risque d'être amendé, en cas de non respect. « On juge sous le Togouna ceux qui ont insulté les anciens. Ils peuvent être condamnés à verser de l'argent, à faire un sacrifice voire pire, à être exclus de toute conversation avec les autres villageois. »
Le cercle de minuit
Pour l'heure, chacun converse joyeusement autour d'une case à palabres fraîchement repeinte. « On a aussi refait le toit, souligne Dagalou Guirou. Chaque personne a amené un peu de paille et de bois. C'est réellement un acte symbolique et collectif fort. » Pendant que les hommes s'affairaient à monter les branchages, les femmes ont rempli les jarres de la traditionnelle bière de mil. Place ensuite aux festivités.
Un premier tambour perce soudain les conversations. On encercle le musicien. Très vite sifflets, flûtes et tam-tams reprennent le rythme. Les enfants commencent à danser. On tape sur des calebasses vides. Le jour s'éteint sur les danses traditionnelles qui dureront toute la nuit.
Un homme vêtu de blanc agite une queue de cheval au centre d'un cercle où tous les âges se mêlent en une seule danse. D'une voix forte, il chante des bénédictions auxquelles répond la foule. On se succède à la lueur des torches pour montrer ses meilleurs pas. Un adolescent armé d'un bâton maintient les autres à distance, le temps de la démonstration. On saute, on se pousse, on tombe... Les rires répondent aux cris des femmes. Personne ne dormira cette nuit. Sauf de tout petits bébés, étonnamment sourds aux bruits environnants. Simplement bercés par les mouvements chaloupés de leurs mères.
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