A l'ombre du grand baobab : le rituel du thé, sans formalités

05/05/2004 14:50Marina DenogentTypo Mali
Si vous n'aimez pas le thé, c'est que vous n'avez jamais goûté celui du Mali... Ce thé vert à la menthe rallie tous les suffrages. Plusieurs fois par jour, le rituel de la théière réunit tout le monde, des enfants aux vieillards : en famille, entre voisins, ou même avec des étrangers de passage.

Du lever du soleil à la tombée de la nuit, la théière bout toujours : le liquide infuse, au dessus du petit réchaud métallique. Il n'y a pas d'heure pour boire le thé brûlant, même par 35° à l'ombre. La séance peut avoir lieu dans la rue, sous un arbre, n'importe où, le calme et la fraîcheur n'y manqueront pas. Il est d'usage de ne pas refuser une séance de thé, sous peine d'offenser son hôte, d'autant plus que l'on peut ensuite être ensuite invité à manger. Pourtant, à vue d'œil, ce breuvage vert brunâtre, où flottent des morceaux de feuilles, n'a rien d'enthousiasmant. L'odeur et le goût rattrapent cependant bien vite cet aspect peu attractif.
Le thé ne se déguste pas comme en Europe : les invités sont servis en premier, avec le premier thé, puis, la tournée finie, avec le deuxième et le troisième. Les trois thés (à la menthe, et sucrés) sont différents, non pas dans leur composition, mais dans leur préparation : les mêmes feuilles de thé vert sont infusées plusieurs fois consécutives, si bien qu'à chaque fois le breuvage perd de sa saveur. Le premier est très fort et assez amer, le deuxième plus doux et le troisième très sucré.
Ousman, un jeune garçon de Mopti, explique cette succession de goûts différents par un adage du pays : « Le premier thé est fort comme la mort, le deuxième doux comme la vie, le dernier beau comme l'amour ». « Le  rituel du thé est traditionnel, il nous vient de la nuit des temps, tout comme nos proverbes », ajoute l'adolescent. Selon les Maliens, la thé n'a pas été importé par la colonisation française, mais plutôt par les caravanes touaregs, qui continuent à sillonner le nord du pays. La précieuse feuille est désormais cultivée sur place, pour la propre consommation de la population.
Cependant, s'il vous prenait l'envie de boire un thé au Mali, nul besoin de se faire inviter par un habitant. Les vendeurs de la boisson chaude sont omniprésents, et vous offriront pour l'équivalent d'un euro environ, un thé allant du passable au délicieux.

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