A l'ombre des baobabs

06/05/2004 10:25Aurélie JuillardTypo Mali
La falaise dogon comptera bientôt un nouveau village. Celui des vieux baobabs que veut construire l'association Ana Oro Nâ. Autour de huit arbres mystiques, fêtes, rencontres et débats célèbreront la culture dogon. Pour que populations locales et touristes se rapprochent enfin.

Ils étaient huit ancêtres du peuple Dogon. Ils seront huit baobabs plantés au cœur du cirque de Nogom Boli, dans la falaise qui jouxte Sangha, en plein pays Dogon. C'est le projet de l'association Ana Oro Nâ : créer un village qui soit le symbole d'une nouvelle forme de tourisme. Plus équitable et plus respectueux. Avec dans ce nouvel espace des rencontres, des débats, des conférences et autres événements artistiques dédiés aux touristes comme aux populations locales. « La porte sera ouverte à tout le monde, assure Ogodana Dolo, guide à Sangha. Nous voulons à la fois sauvegarder et faire découvrir notre patrimoine culturel. » Ana Oro Nâ a compris que la culture Dogon mourra si elle se replie sur elle-même. « Les coutumes ne peuvent vivre qu'en se transformant au contact des autres », explique le tract de présentation du projet.

Choc des cultures

Perle du Mali et première destination touristique, le pays Dogon est en effet le cadre d'un choc des cultures. Des centaines de touristes envahissent continuellement des villages millénaires où quelques Dogon survivent péniblement à l'aridité du climat. Des étals de souvenirs attendent le « Blanc » en quête de dépaysement et il n'est pas rare qu'on le taxe de quelques francs CFA pour avoir marché sur un lieu sacré. Les touristes pestent contre ce racket que les locaux jugent légitime puisqu'ils livrent leur histoire. C'est contre cette incompréhension mutuelle qu'Ana Oro Nâ entend lutter en expliquant et sauvegardant l'étrange culture Dogon.
Tout a commencé par une rencontre. Celle d'Ogodana, petit homme débordant d'énergie et de projets, et de Luc Guichard, un Français venu faire du tourisme dans la région. « Au départ, on s'est seulement promenés ensemble, raconte Ogodana. Puis nous nous sommes revus en France et au Mali. » Luc tombe finalement amoureux de la culture mystérieuse des Dogons. Il s'y plonge peu à peu et est finalement initié par un vieux sage. Au fil de longues « causeries », l'idée d'un « village des vieux baobabs » germe. Ana Oro Nâ, en langue Dogon.

La parole est d'or

Reste à se battre pour la réalisation. Ogodana, président de l'association qui compte aujourd'hui 33 membres, a dû faire le tour des villages de la falaise. « Pour convaincre les chefs coutumiers.» Il se dit soutenu : « Maintenant tout le monde fait des bénédictions pour que le projet marche ! » L'association est composée de touristes étrangers mais aussi de villageois, « gage du contact avec la population locale ». A plus long terme, elle rêve même de s'étendre à tout le Mali.
Ana Oro Nâ a toutefois besoin d'autres adhérents et de partenaires. Ogodana ne manque pas d'informer tous les touristes qu'il guide. Il leur décrit ce village dont il rêve. « Il aura ses fétiches protecteurs, ses lieux de fêtes et de cérémonies, sa case à palabres, son marché... »
 « Ce projet est un espoir, aime-t-il à dire. Avec la sécheresse des dernières années, le paysage a souffert et les gens ont à peine eu de quoi manger. » D'où l'envie de développer de nouvelles richesses, celles du tourisme. La volonté d'échanger en plus. « Pour nous Dogons, la parole est un acte », affirme Ogodana. Fidèle à cette culture, Ana Oro Nâ sera un lieu de discussion.

Pour plus de renseignements :
elisabeth@anaorona.org

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