11 petits courts pour 10 longues années
15/11/2005 15:16Marion Avarguès & Aurore MarieTypo Chalon sur Saone
Si vous n'étiez pas à la bobine ce jeudi 20 octobre, c'est que vous avez raté la 10ème soirée des courts-métrages ! Au programme, onze petits bijoux à savourer ! On les apprécie d'autant plus qu'ils ont tendance à se minimiser au fil du temps...
Selon gilles Colpart, les courts-métrages sont en voie de disparition...En effet, le gouvernement les décentralise, ce qui réduit leur nombre régional. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, nombreux étaient ceux qui précédaient les films dans les salles de cinéma. De plus, le court métrage offre un regard plus tranchant, une prise de position plus virulente, des émotions plus fortes. La politique culturelle doit donc combattre cette dégénérescence. Il faut soutenir le cinéma.
Durant la projection, quatre des réalisateurs étaient présents, raison de plus pour les mettre sous le feu des projecteurs.
Comment en arriver aux court-métrages ?
Laure Becdelièvre y accède par hasard, suite à une formation littéraire qui va la projeter dans l'écriture. Après avoir rédigé un scénario, elle va être prise de l'envie possessive de le réaliser.
Lucie Duchène est comédienne avant de rompre radicalement avec ce monde. Désormais, son but est d'écrire et de réaliser ses livres.
Julien Cherviera commence par faire de la radio, puis il va être transformé par une rencontre avec un réalisateur. Il écrit donc son propre court métrage avant de se mettre en quête d'un producteur.
Serge Avedikian est d'abord un comédien. Ses premiers films sont des documentaires, mais le court-métrage est très vite apparu comme une nécessité de fouiller la forme brève, de la même manière que dans les poèmes.
Déroulement de la soirée
Dans « Mon chien » de Laure Becdelièvre , on est plongé dans un café. Ici hommes et femmes,jeunes et vieux ,tristes et gais fusionnent. On cueille des conversations, on récolte des petits bouts de vie à la dérobée, on s'en imprègne sans jamais s'y accrocher. C'est un brassage de vies. En fait, tout est basé sur une citation de Nietzsche, qui considère que le chien est un défouloir. Les cœurs s'ouvrent et les émotions bondissent à profusion. Or, elles se défoulent sur l'interlocuteur qui fait alors office de chien. On assiste à une série de portraits à la fois anonymes et familiers. Tout est en mouvement, éphémère. Laure nous révèle ensuite que certains personnages se sont imposés d'eux-mêmes, et le choix du sujet vient du fait qu'elle aime beaucoup l'ambiance des cafés.
Dans
« Doux et mou » de Lucie Duchène
, on assiste aux retrouvailles d'amants qui ont bien vieilli. La désillusion est très vite bannie, car l'idéal s'adapte à la réalité pour se concrétiser. Ainsi ce que le personnage principal croyait être le plus beau n'existe plus, car il trouve mieux. C'est la redécouverte d'une forme de pudeur, l'éveil de nouvelles émotions. Le corps n'étant plus en émoi, c'est l'aspect cérébral qui s'épanouit. Une quête s'achève, une autre prend le relaie. Il y a présence d'une longue ellipse narrative qui renforce la rupture entre passé et présent, jeunesse et vieillesse. Mais, comme le dit Lucie : La vieillesse n'est que dans le regard des autres.
Dans « Le temps des cerises » de Jean Julien Chervier , on part à la découverte le monde sensuel du troisième âge. Ce court-métrage nous fait l'ébauche d'un monde à l'envers dans notre façon d'appréhender le monde, et nos croyances s'en voient bouleversées. C'est une redécouverte du corps. La caméra est si proche qu'elle nous plonge dans l'intimité des acteurs. Le plaisir est un partage corporel, mais pas seulement, car c'est un moyen d'accéder à un bonheur. C'est un sujet dérangeant, le but était de refaire le monde en caresses.
Dans
« Un beau matin » de Serge Ave Dikian
, il s'agit d'une succession de peintures saccadées qui mettent en valeur l'expression des personnages. La société progresse en s'uniformisant et tous les individus deviennent identiques, la couleur disparaît pour ne plus laisser la place qu'à la pénombre. Il n'y a plus aucune liberté.
Serge nous apprend que sur ce court-métrage, le travail s'est révélé colossal pour les peintres. En effet, il ne fallait pas simplifier les traits en les vulgarisant, mais aller toujours plus loin. Serge voulait qu'ils s'harmonisent avec l'histoire sans perdre l'Art de vue. Quant à la musique, elle est délibérément déstructurée, disséquée et dissonante.
Mais au-delà de ces quatre court-métrages, nombreux sont ceux qui valaient le déplacement : Dans
« Signes de vie » d'Arnaud Demuynck
, une jeune veuve tente de retrouver goût à la vie en dansant pour se battre contre ses démons. Il s'agit d'une animation torturée où les couleurs ternies font ressortir le désespoir omniprésent.
Dans
« l'ombre » d'Olivier Masset-depasse
, une jeune femme infirme sombre dans la solitude et fait tout pour séduire son voisin. Finalement, elle y arrivera.
Dans
« Chahut » de Gilles Cuvelier
: le carnaval bat son plein, puis tout s'arrête. Un carnavaleux se retrouve tout seul, abandonné. Il va partir en quête de l'impossible, mais celui-ci n'est accessible que dans les tréfonds de la mer...Ce dessin-animé offre une esthétique extrêmement proche des triplettes de Belleville, mais également des œuvres de Miyazaki.
Comment devenir réalisateur selon Serge Ave Dikian :
En ce qui concerne la technique, il faut juste savoir où on va, le fil conducteur est l'intention. Par contre, nul n'apprend à être réalisateur, on est metteur en scène dans le ventre de sa mère.
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